L'orgue St-Denis - Les Amis de l'Orgue de Saint-Denis asbl

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L'orgue St-Denis

L'orgue est une pièce maîtresse de l'église Saint-Denis riche en outre de nombreuses oeuvres d'art


Une œuvre présumée de Jan Smets (1810)

Nous ignorons toujours la date précise d'arrivée de l'orgue dans l'église St-Denis. Le style de son buffet fait penser au début du XIXe siècle. Toujours est-il que cet instrument était présent en 1810 quand le sacristain-organiste le joua aux messes du samedi dans le cadre d'une fondation créée en 1456 par la demoiselle Barbara Hertogen.  



Les comptes des recettes et dépenses de la fabrique d'église pour 1823 à 1830, conservés aux Archives de l'Archevêché à Malines, attestent pour la première fois qu'en 1823, le facteur d'orgues  Smets perçut 12 florins et 13 deniers pour réparation.  Smets apparaîtra encore régulièrement dans la suite pour de petites interventions.  En général, les organiers assuraient eux-mêmes et le plus longtemps possible la maintenance de leurs instruments ; c'est donc un argument en faveur de la paternité de Jan Smets pour l'orgue de Forest.  Smets fut d'ailleurs le plus actif à l'époque dans la région bruxelloise.  Avec les changements de goût rapides de cette époque, peu d'orgues de  Smets  sont conservés ; citons Wilsele (1817).

Les  Smets formèrent une famille de facteurs d'orgues bruxellois actifs dès le XVIIIe siècle ; ils furent à l'école de Jean-Baptiste Goynaut et, dès lors, les derniers continuateurs du célèbre Jean-Forceville.  Précisons qu'au décès de Jan Smets, vers 1830, plusieurs de ses abonnements pour entretien passèrent à Pierre-Hubert Anneessens, de Ninove, de sorte qu'une filiation de maître à élève n'est pas à exclure.  Les  Anneessens  allaient former à leur tour une dynastie de facteurs d'orgues, cette fois de dimensions internationales.


Travaux successifs et déménagements

Dans la suite, la maintenance de l'orgue fut assurée par Pierre-Hubert  Anneessens, déjà cité (1876/77) ; puis par les  Smeetz de Kuregem (1879 à 1894 au moins).

De 1901 à 1916, ce fut au tour de Salomon Van Bever, très célèbre facteur laekenois qui avait été à l'école d'Aristide Cavaillé-Coll à Paris et mena une carrière prodigieuse, jusqu'à ouvrir une succursale à Amiens.  Ses chefs-d'œuvre se trouvent à l'église St-Sauveur de Lille (1903), chez les Pères Dominicains à Bruxelles (1910) et à l'église Notre-Dame de Laeken (1912).

Son neveu et successeur François Draps se rencontre également à Forest jusqu'en 1928 au moins.  C'est lui qui déplaça notre instrument
- jusque là adossé au pignon occidental - pour le loger à l'étroit dans une petite tribune latérale du côté sud, construite dans le cadre de travaux importants de restauration de l'édifice.  Le déplacement de l'orgue, justifié par un simple souci de pureté architecturale du fond de la nef, coûta à lui seul 2.865 F.  L'opération nécessita une inversion complète et préjudiciable de la mécanique, llimination des annexes sculptées des chapeaux de tourelles et même le rabotage de ceux-ci, la voûte étant trop basse.  On possède encore une photo de cette disposition.

Ce travail peu reluisant fut sans doute le dernier de François Draps.  Après une longue carrière, il laissa progressivement son atelier laekenois à Salomon Eyckmans , filleul de Salomon Van Bever  rencontré plus haut.  Eyckmans  assura la maintenance de l'instrument jusqu'en 1947; il mourut en 1978.

C'est d
onc du début du XXe siècle au moins et jusqu'en 1947, soit quasi un demi-siècle, que l'entretien de l'orgue de St-Denis fut confié aux Van Bever et à leurs successeurs directs ; nous leur sommes redevables du bon état de la tuyauterie rescae.

Au début des années 1960 et dans l'esprit de la nouvelle liturgie issue du Concile de Vatican II, l'orgue fut descendu de la tribune latérale de 1926 pour être posé au sol, dans l'ébauche du transept gauche.

L'
abbé Robert Mathot, curé à Engreux puis à Buzet et facteur d'orgues autodidacte, entreprit alors une restauration, quand en 1973, accablé de travail, la mort le surprit.  Et comme il ne notait rien et menait quantité de chantiers de front, son matériel fut mis en vente publique, dont sans doute les deux jeux d'anches de Forest.




Les travaux restés inachevés de Mathot, la Manufacture d'Orgues André Thomas, de Ster-Francorchamps, se vit confier la reprise en mains de l'instrument.  II s'agissait d'un travail ingrat : plusieurs jeux manquaient et il était souhaitable de restaurer fondamentalement le sommier.  Le budget très limine permit pas de réaliser tout cela et on dut se contenter de rendre l'orgue simplement fonctionnel, avec trois jeux.

Cette situation perdura pe
ndant près de 20 ans, jusqu'à ce que la fabrique d'église, appuyée par quelques musiciens particulièrement motis, décide de tout reprendre selon les règles.


CARACTERISTIQUES DE L'INSTRUMENT
Après sa rénovation


Un seul clavier
de 54 touches (do 1 - fa 5), replaqué d'os; feintes en ébène.  Pédalier accroché de 27 marches (do1 - re 2), droit, plat, avec dièses alignés.  Deux files de sept tirants de registre de section carrée, disposées de part et d'autre de la fenêtre.  Nouvelle soufflerie cunéiforme englobée dans le prolongement arrière
                                                                                    

Nomenclature des jeux

Bourdon 8
:  Jeu majoritairement d'origine; 14 tuyaux de basse en bois   
Prestant 4 : Jeu majoritairement d'origine; moitié basse en façade et en étain
Flûte 4 :  Jeu original ; calottes amovibles et sans cheminée; les 11 plus petits ouverts
Doublette 2 :  Jeu majoritairement d'origine; quatre tuyaux en façade
Nazard 2 2/3 :  Jeu neuf
Sesquialter II b+ d :  Jeu neuf
Cornet IV (4 - 2 2/3 - 2 - 1 3/5) : Jeu d'origine; taille assez large
Fourniture III :  Jeu neuf
Trompette 8 b+d :  Jeu neuf
Clairon 4 b – Hautbois 8 d :  Jeu neuf
Tremblant :  accessoire neuf




Le jeu de Sesquialter II coupé en basse et dessus constitue un archaïsme, alors que la présence du dessus de Hautbois est novatrice.

Diapason :  415 Hz.

Tempérament : mésotonique à quatre tierces pures (tempérament de Rameau en do).
Ce choix fut pris en cours de restauration. En effet, tous les tuyaux rescapés ayant été recoupés, toute trace du tempérament d'origine avait disparu. Il apparut alors que le tempérament mésotonique convenait particulièrement à l’orgue.  Du reste, on sait aujourd'hui qu'un tel tempérament fut appliqué jusque dans les premières décennies du XIXe siècle. Par exemple, dans l’orgue Pierre-Charles Sr et Lambert-Corneille  Van Peteghem de Stavele (1821), en Flandre occidentale, un tempérament de ce type a été observé et restauré.

Le changement d'emplacement de l'orgue - désormais à
disposition frontale dans le chœur – ’a pu qu’améliorer son rendement sonore.  On a pu constater maintes fois qu’un tel emplacement, au sol dans le chœur, était idéal pour des instruments de petites ou moyennes dimensions, comme c'est le cas à Forest.  En outre, il a permis de revenir à une traction directe de la mécanique, ce qui a sensiblement amélioré le toucher du clavier.  Ce nouvel emplacement a recueilli l’assentiment de la Commission Royale des Monuments, Sites et Fouilles.

Posé sur un podium important ,     l 'orgue est désormais à l'abri des montées d'eau ; rappelons que celle de l'été 2005 avait atteint 60 cm ; le ventilateur en était devenu irrécupérable et la mécanique du pédalier dégradée.

Démontage en 2007






Un orgue aux possibilités multiples


Le style encore très classique de l'orgue de Forest - style que l'on voulut respecter lors de la restauration – relève bien de ce début du XIXe siècle.

L'instrument convient parfaitement à la liturgie, permet l'exécution d'un très vaste répertoire, malgré ses dimensions relativement réduites.  En outre, il exerce à merveille son rôle de continuo dans la musique de chambre, pratiquée ici avec beaucoup de bonheur.

Que la joie de ce jour d'inauguration de l'achèvement de la restauration particulièrement soignée par la Manufacture Thomas, de Ster-Francorchamps, perdure longtemps.


en 2008, ré-installation





 

Jean-Pierre FELIX et Roland SERVAIS, auteurs du projet de restauration,
in ‘
Forest , Eglise Saint-Denis - Inauguration de l’Orgue restauré, 13 septembre 2009.

 
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